Je peux pas, j’ai “réorg” !

Avant, pour justifier un empêchement, on disait avec humour : “Je peux pas, j’ai piscine.” Demain, on dira : “Je peux pas, j’ai “réorg”.”

Combien de fois, en effet, nous est-il opposé une réorganisation interne comme raison impérieuse à la mise en stand by d’un projet ou au report d’une ambition? Quel est donc ce mot qui s’est tellement vulgarisé qu’on en a oublié le sens?

Par définition, une réorganisation est un moment qui traduit une situation de changement pour passer d’un état à un autre. Malheureusement, la “réorg” est devenue à l’entreprise ce que la crise est à l’économie : un truc qu’on vit tout le temps, en pensant que c’est passager mais que ça fait des années que ça dure.

Bon, c’est quand même un truc de grands groupes, la “réorg”, car dans une PME cela s’appelle l’agilité, l’adaptabilité, la réactivité, l’innovation collaborative. Un, c’est plus beau, et deux, ça traduit une dynamique de mouvement et d’innovation… C’est drôle, car dans un cas les projets se bloquent, se figent et restent dans un état semi-gazeux hésitant entre la transformation solide et l’évaporation, alors que dans l’autre cas, la vie continue, les clients doivent être satisfaits, les collaborateurs collaborent et, même si c’est un peu le bordel en interne, il est hors de question de le faire sentir aux clients tellement durement acquis.

Bien sûr, parfois la “réorg” est enclenchée avec l’objectif de mieux satisfaire le client et d’améliorer les process. Mais le souci, c’est qu’elle est souvent décidée par des gens qui en sont très éloignés. De ce fait, les commerciaux qui sont au front et les clients en sont généralement les dommages collatéraux.

S’organiser avant de réorganiser

Afin de s’assurer de son opportunité, peut-être faudrait-il que ceux qui déclenchent une “réorg” répondent à trois questions préalable:

  1. En quoi cette “réorg” génère-t-elle de la création de richesse pour l’entreprise?
  2. En quoi celle-ci génère-t-elle des bénéfices pour les clients?
  3. En quoi permettra-t-elle aux collaborateurs d’être plus impliqués et innovants?

Car même si les salariés s’y habituent de plus en plus, une “réorg” est quelque chose qui fait peur collectivement et qui met virtuellement une épée de Damoclès au-dessus de la tête des collaborateurs: chacun se pose la question “en quoi cette “réorg” va-t-elle m’impacter?”, ce qui génère stress, peur de mal faire, absence d’initiative, rasage de murs et autres comportements singuliers. Sans oublier qu’en période de “réorg”, tout avance moins vite, car chaque décision nécessite davantage de validations et par plus de personnes.

Et ça, le client le sent, le perçoit, et ça ne lui plaît pas. Pire : cela lui donne des envies de changement! Et comme nous sommes dans une période de surabondance d’offres pour pénurie de demandes, aujourd’hui, celui qui a le pouvoir de choisir, c’est le client. Il est déjà tellement difficile de le satisfaire que c’est un peu idiot de le mécontenter pour de bêtes histoires de “réorg” qui, à force de devenir récurrentes, en deviennent inefficaces.

Retrouvez cet article de Christophe PRAUD sur : www.chefdentreprise.com – “[Tribune] Je peux pas, j’ai “réorg””

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